vendredi 2 décembre 2016

Avant que naisse la forêt


AVANT QUE NAISSE LA FORÊT
Jérôme Chantreau
Edition Les Escales


Résumé

Albert, la quarantaine, vient de perdre sa mère. Il retourne dans la propriété familiale de Mayenne, cerclée de plusieurs hectares de bois, pour la cérémonie. En quelques jours, tout devrait être réglé. Mais le temps s'éternise sans que rien n'avance, et Albert se retrouve seul avec l'urne maternelle au coeur de cette nature, belle et hypnotique.
Et puis, une nuit, des bruits étranges le réveillent. Dans l'aile ancienne de la maison, les murs chantent, font revenir le passé. Il y a aussi cette légende, transmise depuis toujours par les femmes du clan, qui dit qu'un ermite hante les bois...
Commence alors la lente remontée des souvenirs, et avec elle, celle des silences d'une mère que seul un fils pouvait entendre.

Première phrase : C'est arrivé un 15 août.



Ce que j'en pense


J’étais particulièrement intriguée par l’aspect un peu mystique qui semblait se dégager de ce roman. Je n’ai donc pas hésité longtemps lorsque je l’ai croisé à moitié prix, percer les secrets de cette forêt était bien trop tentant.

Et effectivement les rapports reliant notre narrateur à la forêt sont imprégnés de mysticisme. Albert place la forêt comme une entité supérieure qui, peu à peu, l’enserre et l’englobe. J’ai trouvé l’évolution de son personnage très intéressante, voir les arbres insérer peu à peu leurs racines dans son esprit jusqu’à entièrement le posséder, en faire une passerelle entre l’Homme et la Nature, était exaltant. Je ne saurais m’expliciter davantage sur ce point, j’ai simplement été particulièrement réceptive à la modification psychique d’Albert.

Une belle déclaration d’amour à la forêt en ressort, certains passages sont empreints d’une poésie qui vous en décolle les poils, mais. Mais j’avais aussi l’impression de nager en plein délire. J’ai trouvé que l’auteur allait trop loin dans l’ensemble des domaines abordés ; par exemple, il pousse cet aspect mystique à son paroxysme et, autant je l’ai adoré dans les premiers 2/3 du roman, autant j’ai déchanté par la suite.

Je ne peux pas terminer cette chronique sans évoquer un point qui m’a fait grincer des dents : notre narrateur et ses pseudo valeurs ‘’d’aristocratique je ne le suis plus et je montre bien que je ne le suis plus’’. Le ton condescendant qu’il en ressortait parfois m’insupportait. Ah et puis, la façon dont il voyait les femmes ne pas plu non plus (condescendance le retour).

Je ressors un peu perplexe de ma lecture. C’est un roman à ambiance, et si j’ai beaucoup apprécié celle-ci dans son ensemble, les délires et réflexions d’Albert ont trop souvent entrecoupé ma transe livresque.

mercredi 30 novembre 2016

Druide


DRUIDE
Olivier Peru
Edition J'ai lu

Résumé

Les druides règnent sur une forêt primordiale et sacrée sise au coeur du monde. Détenteurs d'une sagesse millénaire, ils sont les gardiens du Pacte Ancien, dont le respect garantit la paix entre les peuples. Mais un crime de sang d'une violence inouïe met en péril le fragile échiquier politique des royaumes du Nord. Le druide Obrigan, aidé de ses deux apprentis, ne dispose que de vingt et un jours, pas un de plus, pour élucider les circonstances du drame, faute de quoi une guerre totale éclatera. Et tandis que le compte à rebours tourne, chaque lune apporte son lot de nouveaux cadavres, l'entraînant toujours plus loin dans l'horreur...


Première phrase : De ce jour et jusqu'à la fin des temps, nous, rois d'une nouvelle ère, promettons de toujours obéir aux lois de ce pacte.


Ce que j'en pense

La fantasy est un genre que j’aime lire de temps à autre mais dont je me lasse également assez vite. Si mon choix s’est orienté vers Druide, c’est en grande partie parce qu’il s’agit d’un tome unique (les sagas à 36000 tomes, c’est pas trop mon délire) et, avouons-le, parce que j’étais très curieuse de découvrir le lien qui unissait les druides à la forêt.

Je suis franchement mitigée sur ma lecture. Elle fût d’ailleurs assez laborieuse même si, maintenant le livre terminé, mon avis tend à s’améliorer, à en conserver préférentiellement les bons aspects. L’ennui a été mon principal ennemi, il pointe son nez au bout du premier quart du roman et ne s’en va que peu de temps avant la fin. L’enquête stagne très vite et l’intrigue se limite à regarder nos personnages se dépatouiller avec le peu d’informations à leur disposition.

Néanmoins ce manque d’actions laisse place à de longs passages sur l’histoire du Pacte Ancien, celle de la forêt et de nos personnages. Si c’est un peu poussif à la lecture, cela a permis une totale immersion dans l’univers créé par l’auteur et une bonne appréciation des enjeux de l’enquête. La forêt et l’amour que lui vouent les druides sont également mis en avant et j’ai apprécié découvrir ce lien, si particulier, entre eux et la nature.

Enfin j’ai eu un petit coup de cœur pour Obrigan. Pour son esprit acéré et pour l’amour qu’il place en les êtres qui lui sont chers. De manière générale, j’ai beaucoup aimé les personnages que j’ai trouvé bien travaillés et fidèles à eux-mêmes dans leur évolution.

Comme je le disais, mon avis est en demi-teinte, j’ai envie de vous le recommander pour certaines choses et de vous le déconseiller pour d’autres (c’est un peu « débrouillez-vous tout seul !).

dimanche 27 novembre 2016

Si c'est un homme


SI C'EST UN HOMME
Primo Levi
Edition Pocket


Résumé

On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce. C'est que l'on a n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur. Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité.


Ce que j'en pense

Lorsque l’on pense aux témoignages sur la Seconde Guerre Mondiale, « Si c’est un homme » est un récit qui s’impose. Il fait partie de ces livres que je voulais absolument découvrir, que je me devais de lire.

J’ai été particulièrement étonnée par le début de ma lecture. L’auteur choisit de nous livrer son histoire d’une manière très descriptive. Il écrit pour que le reste du monde sache. C’est une volonté qui s’exprime très tôt chez lui ; alors qu’il est encore prisonnier il sait que s’il s’en sort, il doit écrire. Le ton général qui en ressort est donc assez loin de celui de beaucoup de livres (fictifs ou non) et de films sur la 2nd GM, on n’a pas ce travail d’écriture visant à accentuer les faits pour susciter l’émotion du lecteur.

Puisque l’on n’est pas continuellement dans l’émotion (dans « le feu et le sang »), d’autres éléments s’imposent. La longueur du quotidien, le bout de la journée apparaissant comme un futur obscur et lointain. La perte progressive de son humanité par cette incapacité à se projeter plus loin que ce futur étriqué. C’est en mettant en avant cette banalité de la souffrance, si je puis formuler cela ainsi, que l’on comprend toute l’horreur des camps et l’ampleur des mécanismes visant détruire, au-delà du corps, l’esprit.

C’est un livre qui s’axe sur la vie dans un camp, sur la faim, sur la soif, la fatigue et le trafic de petites cuillers ; c’est un livre qui s’axe sur la succession des jours, semblables et infinis ; c’est un livre à lire

samedi 12 novembre 2016

Sous la même étoile


SOUS LA MÊME ETOILE
Kelley York
Edition PKJ


Résumé

Une fois le lycée terminé, Hunter et sa demi-sœur Ashlin décident de prendre une année sabbatique et d'emménager chez leur père. Là-bas, ils retrouvent Chance, un garçon fantastique avec qui ils passent tous leurs étés depuis l'enfance. Si le jeune homme les a toujours fascinés, Ashlin et Hunter éprouvent bientôt pour lui de tout autres sentiments. Mais ils comprennent aussi que les excentricités de Chance dissimulent une vérité bien plus noire...

Première phrase : Lors de notre première rencontre, Chance Harvey jouait avec des poupées Barbie.


Ce que j'en pense

Ce livre m’a semblé parfait pour une dernière lecture d’été, simple et détente. Je m’y suis plongée sans en attendre grand-chose et j’ai, au final, passé un très bon moment. Malheureusement à l’heure où j’écris ma chronique, je me rends compte qu’il ne me reste que très peu de choses en mémoire…

C’est un roman qui évoque l’homosexualité mais qui l’évoque d’une façon totalement banale. Au départ j’ai trouvé que l’auteure restait un peu trop superficielle pour le thème principal de son livre mais, à bien y réfléchir, c’est un sujet banal alors à quoi bon en faire des tonnes ?

Ses personnages sont également très communs ; un peu moins Chance, mais Ashlin et Hunter n’ont rien de particulier. J’aime rencontrer des gens lambda dans mes lectures, c’est pour moi un important facteur de crédibilité pour les romans contemporains.

La fin a réussi à me surprendre, je m’attendais vraiment à quelque chose de très classique du fait de l’évolution de l’intrigue mais non, loin de là. Elle est très ouverte, ce dont je ne raffole pas spécialement, mais elle colle bien à l’esprit « tranche de vie » de ce roman.

C’est donc un livre qui se lit bien même s’il ne faut pas vous attendre à quelque chose de très novateur. 

jeudi 10 novembre 2016

Songe à la douceur


SONGE A LA DOUCEUR
Clémentine Beauvais
Edition Sarbacane
Très belle lecture !


Résumé


Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.



Ce que j'en pense


La réécriture d’un classique de la littérature russe, en vers, avec la plume de Clémentine Beauvais ; tout dans ce livre était fait pour m’attirer. Un véritable piège. Je n’ai jamais lu l’Eugène Oneguine d’Alexandre Pouchkine, j’ai donc plongé dans ce texte sans en connaître, au préalable, l’histoire.

C’est une belle expérience de lecture, un roman en vers. J’ai été portée par la mélodie des mots et totalement imprégnée, j’ai écouté les amours de Tatiana et d’Etienne se lier et se délier. Quand je repense à ce livre, la première chose qui me vient en tête, c’est la résonance de son texte.

Ce roman possède un charme fou. Il s’en dégage une jolie mélancolie, une atmosphère d’autrefois. Un soupçon de regret, certes, mais point d’amertume. N’ayant pas lu le texte originel, je ne peux distinguer ce qui était déjà présent de ce qu’y a apporté ou modifié Clémentine Beauvais, mais ça ne m’empêche pas d’apprécier cette ambiance un peu liquoreuse que j’ai trouvé si particulière et entêtante.

S’il y avait un qualificatif à ce roman, ce serait celui de la douceur. Le titre en annonce la couleur (et me met systématiquement « L’invitation au voyage » en tête). Elle est omniprésente, dans l’histoire, dans la plume et même dans les scènes de violence. C’est tellement sensible ! C’est tellement beau…

Bon, il y a clair que j’ai adoré ma lecture, lecture tendre et originale. Il me tarde désormais de découvrir le roman de Pouchkine.

mardi 8 novembre 2016

Les gens normaux


LES GENS NORMAUX
Paroles LESBIENNES GAY BI TRANS
Hubert & al.
Edition Casterman
Très (très) belle lecture !


Résumé

Qu'est-ce que la normalité ? Voilà la question centrale de ce recueil de témoignages et de portraits de « gens normaux » gays, lesbiens ou transgenres.


Ce que j'en pense

Plonger dans les bacs d’albums / bande-dessinées de ma médiathèque fait partie de mes petits plaisirs ; on ne sait jamais vraiment ce qu’on va y trouver mais on en ressort toujours les mains pleines. Les gens normaux était dans ma wish-list depuis une éternité, j’étais ravie, d’enfin, lui mettre le grappin dessus !

L’association de témoignages et de mini essais sur une même thématique est le point fort de ce livre. Le sujet est vraiment traité en profondeur, les interviews l’ancrent dans notre quotidien et les textes apportent un aspect beaucoup plus théorique à l’ouvrage. Au final c’est hyper instructif sans être lourd et on évite le catalogue de témoignages.

L’ensemble du livre est exempt de véhémence. Et s’il y a bien une chose qui m’énerve c’est quand un ouvrage sensé prôner la tolérance s’enflamme et impose un avis et/ou jugement. Ici j’irais presque à dire qu’il en manque un peu de cet esprit enflammé. Exception faite, les témoignages ne dégagent pas beaucoup d’émotions, on est davantage dans le reportage. Le fait que l’intervieweur soit présent ne permet, à mon sens, pas au lecteur de véritablement vivre les récits. La discussion et les débats qu’ont amenées ces interviews nous est relatés et, s’ils sont intelligents, coupent les témoignages.

C’est une bande-dessinée qui mériterait d’être lue par le plus grand nombre. Finesse et précision en sont les maîtres mots.

samedi 5 novembre 2016

Le village aux mille roses

LE VILLAGE AUX MILLE ROSES
Philippe Nessmann
Edition Flammarion


Résumé


"En ce temps-là, dans le Village aux Mille Roses, fleurissaient des roses de toutes les couleurs : roses, bien sûr, mais aussi rouges, orange, jaunes et blanches. Un jour, un vieux jardinier fabriqua une rose tout à fait nouvelle, noire et mystérieuse comme la nuit..."


Première phrase : Il y avait en ce temps-là un village perdu dans les montagnes, que l'on appelait le Village aux Mille Roses.


Ce que j'en pense

Petit livre au thème encore trop important, celui de la différence. J’ai voulu le découvrir car il me faisait échos au Matin Brun de Franck Pavloff, que j’avais pu étudier au lycée et dont le message avait laissé sa marque.

Ce livre-ci est destiné à un public plus jeune et l’on comprend aisément pourquoi l’auteur a choisi ce lectorat. Le sujet est évoqué de manière simple, le message est très clair allant, peut-être, jusqu’à manquer d’un soupçon de subtilité même si adressé à des enfants. Le traitement de la thématique de la différence, omniprésence encore dans nos sociétés, n’est pas particulièrement novateur et original. C’est efficace, certes, mais j’en attendais un petit peu plus.

J’ai beaucoup aimé que l’auteur choisisse de construire sa métaphore avec des roses. Les fleurs apportant un aspect poétique très appréciable au texte. Cependant ce qui m’a sûrement le plus touché dans ce livre est les quelques mots écrits par l’auteur à la fin du texte, lorsqu’il explique sa démarche et ses choix.

C’est donc un joli petit livre à faire découvrir aux plus jeunes. De plus, il est visuellement très réussi, je vous laisse admirer les quelques photos qui expliciteront bien mieux le « visuellement très réussi » qu’un long discours !