dimanche 22 janvier 2017

Björn


BJÖRN
Six histoires d'ours
Delphine Perret
Edition Les fourmis rouges
Coup de cœur !


Résumé

Voici Björn.
Björn est de taille moyenne et de bonne densité. C'est un ours heureux, avec le poil collé par endroits, car il ne sait pas manger du miel proprement.
Björn vit dans la forêt avec la belette, le blaireau, l'écureuil, le renard, le hibou, le lièvre et la mésange. Il lui arrive toutes sortes de choses.
Parfois aussi il ne lui arrive rien du tout.


Ce que j'en pense


Aujourd’hui, je vous propose de rencontrer Björn. Approchez, approchez et n’ayez crainte, Björn est l’ours le plus adorable de l’univers et il nous embarque, dans ce petit livre, dans six de ses folles aventures de la vie quotidienne.

Cet album contient, à peu près, tous les ingrédients pour me plaire, particulièrement me plaire. Pour commencer, une bonne dose de simplicité. Au niveau des intrigues mais également des illustrations dont les traits sont assez bruts, presque « sur le vif ». Elles n’ont rien de bien transcendant, font parfois un peu brouillonnes mais la couleur verte des pages leur apporte de la vitalité.

Deuxième point qui marche (presque) à tous les coups avec moi, le fait qu’il ne se passe (presque) rien. Je trouve qu’il y a toujours un charme fou dans le fait de raconter la vie de tous les jours, de prendre le temps, à la fois d’écrire et de lire, ces moments où, assis au pied d’un arbre ou au fond d’un canapé moelleux, on prend le temps de rêver. Enfin entourez votre personnage principal de petits animaux mignons et le tour est joué !  

C’est donc un tout petit album absolument savoureux et qui saura, en plus, vous mettre du baume au cœur. Il met en lumière ces petits bonheurs de la vie que j’aime tant. Je vous laisse sur quelqu’unes de ses illustrations pour que vous puissiez vous faire une idée.


On voit pas franchement la couleur des pages mais imaginez le vert des feuilles de brouillon qu'on vous donne pour les exams, c'est exactement ça !

lundi 9 janvier 2017

Chanson douce


CHANSON DOUCE
Leïla Slimani
Edition Gallimard


Résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Première phrase : Le bébé est mort.


Ce que j'en pense

Prix Goncourt 2016, omniprésent sur la blogosphère et presque unanimement qualifié de lecture dérangeante ; c’est ce dernier point qui m’a particulièrement intrigué. Oui, le qualificatif de dérangeant (ou même de malsain) me donne systématiquement envie de lire le livre en question. Et non, je ne m’en inquiète pas spécialement.

Je suis sortie de ma lecture assez perplexe, elle m’a laissé un sentiment d’indifférence pourtant peu en accord avec l’aspect dramatique du roman. Passés le premier chapitre, où le drame nous est révélé, et les quelques suivants, j’ai perdu cette addiction malsaine et voyeuriste qui faisait que je voulais savoir. Savoir comment un couple lambda en était arrivé là.

Malgré cette indifférence générale, lorsque je repense au récit de manière un peu plus pragmatique, je me rends bien compte de son excellence. J’ai énormément aimé le traitement psychologique des personnages. L’auteure décrit de manière honnête et sincère ce dont on ne parle pas, ces pensées honteuses qui nous traversent et qu’on s’empresse d’enfouir et d’oublier. Son analyse de la capacité de l’humain à culpabiliser m’a particulièrement intéressée.

D’autres thèmes sont abordés, et avec finesse. Famille, travail et conciliation ou non des deux, reproches, remarques et condescendance que la femme devra subir, quoi qu’elle choisisse. Malheureusement tous ces points positifs ne me permettent pas de dépasser ce manque de saveur ressenti, une lecture en demi-teinte donc.

mercredi 4 janvier 2017

Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !


LES PUTES VOILÉES N'IRONT JAMAIS AU PARADIS !
Chahdortt Djavann
Edition Grasset

Résumé

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran. Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire. À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes. Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

Première phrase : Surnommée la ville aux mille visages, située au nord-est de l'Iran, non loin de l'Afghanistan, sur la route de Gengis Khan, ville des martyrs, des poètes, des passionnés d'astronomie, ville sacrée, haut lieu de pèlerinage qui abrite le magnifique mausolée de l'imam Reza, dont l'immense coupole dorée, les grands jours de chaleur, reflète le soleil et éblouit le commun des croyants comme s'ils s'étaient égarés au beau milieu des feux de l'enfer, ville sainte où affluent des millions de fervents musulmans, ville de drogue, de trafiquants, ville généreuse, accueillante, ouverte jusqu'aux cuisses et à l'entrejambe de ses femmes, de ses putes : Mashad est la ville où s'est déroulée cette histoire incroyable.

Ce que j'en pense

Dans ce roman, pas si romancé, la voix des femmes iraniennes s’élève. Si la prostitution est le thème principal de ce livre, ces femmes nous parlent avant tout d’elles-mêmes, de leur vie en tant que femme dans ce pays où la femme n’est rien.  

C’est un texte, sans grand étonnement, difficile. Difficile parce qu’il est impossible d’accepter, impossible de comprendre, l’injustice dont les femmes sont les victimes. Indignation, révolte et je peux continuer longtemps dans ce champ lexical, nous montent à la gorge. C’est un texte dont la lecture est également rendue difficile par le vocabulaire, cru, et par la mise à nue, tout aussi crue, de l’intimité de ses femmes.

J’ai beaucoup aimé la liberté donnée à ces prostituées, assassinées, celle de pouvoir, enfin, s’exprimer. Celle de pouvoir s’exprimer comme bon leur semble ; le pouvoir des mots saute aux yeux, il y a une telle rébellion dans leur langage ! Cependant, malgré la certaine jouissance que l’on peut en ressentir, j’ai trouvé ce style de narration un peu lassant. J’ai eu l’impression de la vulgarité pour la vulgarité, j’aurais aimé un peu plus de subtilité peut-être…

La force de ce livre est celle d’offrir la parole aux femmes, c’est par leur témoignage que s’élèvent les injustices qu’elles subissent. Je suis ressortie de ma lecture un peu déboussolée, il m’a fallu quelques jours pour y réfléchir posément. Et je ne doute pas que ça soit sa vocation, celle d’amener son lecteur à réagir et à maturer le texte.

mercredi 14 décembre 2016

Le Livre de Perle

Je compris qu'elle m'avait guidé vers lui par le chagrin. 
Par le chagrin d'amour qui nous entraîne dans les forêts.



LE LIVRE DE PERLE
Timothée de Fombelle
Edition Gallimard
Coup de coeur !


Résumé

Il vient d'un monde lointain auquel le nôtre ne croit plus.
Son grand amour l'attend là-bas, il en est sûr.
Pris au piège de notre Histoire,
Joshua Perle aura-t-il assez de toute une vie
pour trouver le chemin du retour ?


Première phrase : Qui pouvait deviner qu'elle avait été une fée ?


Ce que j'en pense


On trouve beaucoup de choses dans les livres de Timothée de Fombelle. De la poésie, de l’intelligence et de l’aventure englobée dans un voile de douceur. Avec Le Livre de Perle, ce voile est doublé de magie et l’expérience n’en est que plus merveilleuse.

Avec cette lecture, on traverse plusieurs époques, plusieurs lieux et plusieurs mondes. On y découvre nos personnages à différents âges. L’auteur ne nous guide pas, ou peu. C’est à nous, lecteurs, de construire le fil de l’histoire, de recoller les morceaux. Evoluer dans ce récit déstructuré m’a énormément plu, en plus de nous envelopper d’une brume mystérieuse, il nous met à contribution (et cela prend tout son sens lorsque l’on termine le roman (ça c’était histoire de développer votre curiosité pour que vous soyez obligés de le lire pour éviter qu’elle ne vous dévore !)).

Ce livre est un livre-guimauve. Dans un moment d’audace j’aurais pu limiter ma chronique à ce simple terme tant il résume mon ressenti. Il en possède tous les aspects : délicatesse, moelleux et souvenirs d’enfance. Quand je repense à ma lecture, je suis submergée par une vague de douceur. L’atmosphère de ce roman est à la fois exaltante et cotonneuse. C’est ce que je trouve particulièrement délicieux avec les histoires de Timothée de Fombelle, toute la dimension épique qu’il sait insérer dans ce cadre poético-rêveur. J’y vibre comme lorsque je lisais enfant, le texte devient réalité et je ressens toute l’ardeur qui anime nos personnages.

C’est donc une histoire qui s’étire en poésie et invite à s’échapper du présent pour rêver les yeux grands ouverts, le temps de quelques mots. Je ne peux que vous conseiller cette escapade féerique !

vendredi 2 décembre 2016

Avant que naisse la forêt


AVANT QUE NAISSE LA FORÊT
Jérôme Chantreau
Edition Les Escales


Résumé

Albert, la quarantaine, vient de perdre sa mère. Il retourne dans la propriété familiale de Mayenne, cerclée de plusieurs hectares de bois, pour la cérémonie. En quelques jours, tout devrait être réglé. Mais le temps s'éternise sans que rien n'avance, et Albert se retrouve seul avec l'urne maternelle au coeur de cette nature, belle et hypnotique.
Et puis, une nuit, des bruits étranges le réveillent. Dans l'aile ancienne de la maison, les murs chantent, font revenir le passé. Il y a aussi cette légende, transmise depuis toujours par les femmes du clan, qui dit qu'un ermite hante les bois...
Commence alors la lente remontée des souvenirs, et avec elle, celle des silences d'une mère que seul un fils pouvait entendre.

Première phrase : C'est arrivé un 15 août.



Ce que j'en pense


J’étais particulièrement intriguée par l’aspect un peu mystique qui semblait se dégager de ce roman. Je n’ai donc pas hésité longtemps lorsque je l’ai croisé à moitié prix, percer les secrets de cette forêt était bien trop tentant.

Et effectivement les rapports reliant notre narrateur à la forêt sont imprégnés de mysticisme. Albert place la forêt comme une entité supérieure qui, peu à peu, l’enserre et l’englobe. J’ai trouvé l’évolution de son personnage très intéressante, voir les arbres insérer peu à peu leurs racines dans son esprit jusqu’à entièrement le posséder, en faire une passerelle entre l’Homme et la Nature, était exaltant. Je ne saurais m’expliciter davantage sur ce point, j’ai simplement été particulièrement réceptive à la modification psychique d’Albert.

Une belle déclaration d’amour à la forêt en ressort, certains passages sont empreints d’une poésie qui vous en décolle les poils, mais. Mais j’avais aussi l’impression de nager en plein délire. J’ai trouvé que l’auteur allait trop loin dans l’ensemble des domaines abordés ; par exemple, il pousse cet aspect mystique à son paroxysme et, autant je l’ai adoré dans les premiers 2/3 du roman, autant j’ai déchanté par la suite.

Je ne peux pas terminer cette chronique sans évoquer un point qui m’a fait grincer des dents : notre narrateur et ses pseudo valeurs ‘’d’aristocratique je ne le suis plus et je montre bien que je ne le suis plus’’. Le ton condescendant qu’il en ressortait parfois m’insupportait. Ah et puis, la façon dont il voyait les femmes ne pas plu non plus (condescendance le retour).

Je ressors un peu perplexe de ma lecture. C’est un roman à ambiance, et si j’ai beaucoup apprécié celle-ci dans son ensemble, les délires et réflexions d’Albert ont trop souvent entrecoupé ma transe livresque.

mercredi 30 novembre 2016

Druide


DRUIDE
Olivier Peru
Edition J'ai lu

Résumé

Les druides règnent sur une forêt primordiale et sacrée sise au coeur du monde. Détenteurs d'une sagesse millénaire, ils sont les gardiens du Pacte Ancien, dont le respect garantit la paix entre les peuples. Mais un crime de sang d'une violence inouïe met en péril le fragile échiquier politique des royaumes du Nord. Le druide Obrigan, aidé de ses deux apprentis, ne dispose que de vingt et un jours, pas un de plus, pour élucider les circonstances du drame, faute de quoi une guerre totale éclatera. Et tandis que le compte à rebours tourne, chaque lune apporte son lot de nouveaux cadavres, l'entraînant toujours plus loin dans l'horreur...


Première phrase : De ce jour et jusqu'à la fin des temps, nous, rois d'une nouvelle ère, promettons de toujours obéir aux lois de ce pacte.


Ce que j'en pense

La fantasy est un genre que j’aime lire de temps à autre mais dont je me lasse également assez vite. Si mon choix s’est orienté vers Druide, c’est en grande partie parce qu’il s’agit d’un tome unique (les sagas à 36000 tomes, c’est pas trop mon délire) et, avouons-le, parce que j’étais très curieuse de découvrir le lien qui unissait les druides à la forêt.

Je suis franchement mitigée sur ma lecture. Elle fût d’ailleurs assez laborieuse même si, maintenant le livre terminé, mon avis tend à s’améliorer, à en conserver préférentiellement les bons aspects. L’ennui a été mon principal ennemi, il pointe son nez au bout du premier quart du roman et ne s’en va que peu de temps avant la fin. L’enquête stagne très vite et l’intrigue se limite à regarder nos personnages se dépatouiller avec le peu d’informations à leur disposition.

Néanmoins ce manque d’actions laisse place à de longs passages sur l’histoire du Pacte Ancien, celle de la forêt et de nos personnages. Si c’est un peu poussif à la lecture, cela a permis une totale immersion dans l’univers créé par l’auteur et une bonne appréciation des enjeux de l’enquête. La forêt et l’amour que lui vouent les druides sont également mis en avant et j’ai apprécié découvrir ce lien, si particulier, entre eux et la nature.

Enfin j’ai eu un petit coup de cœur pour Obrigan. Pour son esprit acéré et pour l’amour qu’il place en les êtres qui lui sont chers. De manière générale, j’ai beaucoup aimé les personnages que j’ai trouvé bien travaillés et fidèles à eux-mêmes dans leur évolution.

Comme je le disais, mon avis est en demi-teinte, j’ai envie de vous le recommander pour certaines choses et de vous le déconseiller pour d’autres (c’est un peu « débrouillez-vous tout seul !).

dimanche 27 novembre 2016

Si c'est un homme


SI C'EST UN HOMME
Primo Levi
Edition Pocket


Résumé

On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant. Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce. C'est que l'on a n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur. Peu l'ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité.


Ce que j'en pense

Lorsque l’on pense aux témoignages sur la Seconde Guerre Mondiale, « Si c’est un homme » est un récit qui s’impose. Il fait partie de ces livres que je voulais absolument découvrir, que je me devais de lire.

J’ai été particulièrement étonnée par le début de ma lecture. L’auteur choisit de nous livrer son histoire d’une manière très descriptive. Il écrit pour que le reste du monde sache. C’est une volonté qui s’exprime très tôt chez lui ; alors qu’il est encore prisonnier il sait que s’il s’en sort, il doit écrire. Le ton général qui en ressort est donc assez loin de celui de beaucoup de livres (fictifs ou non) et de films sur la 2nd GM, on n’a pas ce travail d’écriture visant à accentuer les faits pour susciter l’émotion du lecteur.

Puisque l’on n’est pas continuellement dans l’émotion (dans « le feu et le sang »), d’autres éléments s’imposent. La longueur du quotidien, le bout de la journée apparaissant comme un futur obscur et lointain. La perte progressive de son humanité par cette incapacité à se projeter plus loin que ce futur étriqué. C’est en mettant en avant cette banalité de la souffrance, si je puis formuler cela ainsi, que l’on comprend toute l’horreur des camps et l’ampleur des mécanismes visant détruire, au-delà du corps, l’esprit.

C’est un livre qui s’axe sur la vie dans un camp, sur la faim, sur la soif, la fatigue et le trafic de petites cuillers ; c’est un livre qui s’axe sur la succession des jours, semblables et infinis ; c’est un livre à lire