vendredi 17 février 2017

Phobos - tome 3


PHOBOS
Tome 3
Victor Dixen
Edition Robert Laffont


Résumé

FIN DU PROGRAMME GENESIS DANS
1 MOIS...
1 JOUR...
1 HEURE...

ILS SONT PRÊTS A MENTIR POUR SAUVER LEUR PEAU.

Ils sont les douze naufragés de Mars.
Ils sont aussi les complices d'un effroyable mensonge.
Les spectateurs se passionnent pour leur plan de sauvetage, sans se douter du danger sans précédent qui menace la Terre.

ELLE EST PRÊTE A MOURIR POUR SAUVER LE MONDE.

Au risque de sa vie, Léonor est déterminée à faire éclater la vérité. Mais en est-il encore temps ?

MÊME SI LE COMPTE À REBOURS EXPIRE, IL EST TROP TARD POUR RENONCER.



Première phrase : Seule.


Ce que j'en pense


Les deux premiers tomes de cette saga ont été de très chouettes lectures ; malgré leurs petits défauts respectifs, j'étais totalement immergée dans leur folle intrigue. Et comme Victor Dixen est un expert en l'art du cliffhanger de ouf malade, j'avais très très très hâte de lire ce troisième tome. Malheureusement, cette fois, je suis déçue.

Je suis déçue car j'ai perdu cette immersion totale qui vous fait dévorer les pages et vibrer tout du long. Vous savez, cette frénésie qui vous fait passer outre les petits détails pas parfaits parce que ce qu'il importe, au fond, c'est de s'éclater dans sa lecture. Phobos fait clairement parti de ces livres de divertissement pour moi, ceux qu'on pourrait comparer aux blockbuster américains, ces petits plaisirs coupables… Alors sans tout cela, je pouvais difficilement être conquise.

J'ai trouvé le début leeeeeeeent, rien de nouveau, toujours les mêmes questions, inlassablement. Et après une petite lueur d'espoir entre les pages 300 et 350, je me suis retrouvée plongée en plein délire. Je ne vais pas particulièrement développer pour éviter de vous spoiler mais deux éléments m'ont vraiment paru présent juste pour le plaisir d'en faire des révélations sensationnelles. Et bon le sensationnel pour le sensationnel, non merci, un peu de crédibilité c'est bien aussi.

L'aspect « spatial » de l'intrigue laisse davantage de place, dans ce tome, à un aspect politique. Ce qui, en soit, ne me dérange pas. Cependant, là aussi, j'ai trouvé que ça allait un peu loin. On sent bien que l'auteur cherche à démontrer qu'il est facile de remettre en cause des libertés fondamentales et de céder des tous petits riens qui en deviennent beaucoup, etc, etc, dès que la peur est présente mais, s'il vous plaît, de la SUBTILITÉ.

Bon ma chronique est loin d'être positive ; parce que j'adore l'univers de Phobos et ses personnages, cette lecture m'a laissée d'autant plus amère. Je lirai tout de même la suite parce que beaucoup de questions demeurent et que j'ai vraiment envie de laisser une seconde chance à cette saga, mais je l'attends au tournant !

dimanche 12 février 2017

California dreamin'


CALIFORNIA DREAMIN'
Pénélope Bagieu
Edition Gallimard
Coup de coeur !

Résumé

Ellen Cohen rêve de devenir chanteuse. Sa voix est incroyable, sa personnalité aussi excentrique qu'attachante, son besoin d'amour inextinguible. À l'aube des années 1960, elle quitte Baltimore pour échapper à son avenir de vendeuse de pastrami et tenter sa chance à New York.

Ce que j'en pense

C’est en croisant cette bande-dessinée dont j’avais entendu tant de bien sur la blogosphère sur un rayon de la médiathèque que je me suis enfin décidée à découvrir le talent de Pénélope Bagieu. Si j’avais quelques réticences au départ, elles ont disparu dès les premières pages.

Cette bande-dessinée est la biographie d'Ellen Cohen, chanteuse dans le groupe The Mamas & the Papas. J’avais peur, ne la connaissant pas, puisque je n’avais pas fait le lien entre le titre et la chanson que pourtant je connais (il ne faut pas trop m’en demander), d’être perdue ou peu intéressée par son histoire. Ce qui n’a absolument pas été le cas ! Pénélope Bagieu a su me rendre Ellen familière dès le début. Le fait de la rencontrer et la découvrir à travers les yeux des autres permet un rapprochement, elle nous apparaît successivement comme sœur, amie ou amante, et en perd son statut d’inconnue.

Ellen est une femme qui veut chanter, elle veut en faire sa vie dès son plus jeune âge. Elle fait tout, vraiment tout, pour y parvenir et ne se laisse pas imposer les diktats du milieu. C’est en ce dernier point que son histoire est si inspirante ! Ellen est fidèle à ce qu’elle est, jusqu’au bout des orteils, et porte ses envies et ses convictions avec force.

Je ne peux finir sans parler des magnifiques illustrations qui portent le texte. Soyons honnête, une de mes réticences était sur le style de dessin de l’auteure qui ne m’avait pas transcendé dans ce que j’avais pu voir de ses précédents livres, mais là… Fluidité et liberté se donnent la réplique.

C’est donc une bande-dessinée que je vous conseille très fortement, pour son fond et pour sa forme. (Et je vous laisse quelques photos pour vous tenter encore plus si cela est encore nécessaire…)



mercredi 1 février 2017

Nous sommes tous des féministes


NOUS SOMMES TOUS DES FEMINISTES
Chimamanda Ngozi Adichie
Edition Folio


Résumé

«Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j'aimerais aujourd'hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement.» Chimamanda Ngozi Adichie aborde le sujet controversé du féminisme avec lucidité, éloquence et humour.


Ce que j'en pense

Après avoir découvert le talent et l’intelligence de la plume de Chimamanda Ngozi Adichie avec Americanah, j’ai absolument voulu lire son essai sur le féminisme. Sujet déjà présent dans Americanah et sujet me faisant particulièrement écho.

Dans cet essai, très court, l’auteure nous dresse un portrait du féminisme. Il s’agit d’une longue introduction qui aborde ce thème selon différentes entrées. Sur 50 pages, il est évident qu’elle ne peut traiter le sujet en profondeur, libre à nous, lecteurs, d’aller plus loin. C’est un livre qui peut se suffire à lui-même si l’on recherche simplement une définition du féminisme mais qui amène plutôt, à mon sens, à d’autres lectures.

C’est pour cette définition que ce livre devrait être mis entre toutes les mains, notamment entre celles de ceux qui continuent à voir le féminisme comme l’équation femme > homme et non, femme = homme. Entre celles de ceux qui estiment que ces inégalités sont aujourd’hui derrière nous où encore là où des confusions féminité / féminisme sont toujours présentes.

Je ne vais pas développer davantage sur un texte aussi bref, mais c’est un livre à lire. Pour son message, percutant et pertinent.

lundi 30 janvier 2017

Le Vagabond des étoiles


LE VAGABOND DES ETOILES
Jack London
Edition Libretto
Coup de coeur !


Résumé

Confiné dans l’espace le plus surveillé d’une prison, Darrell Standing, sorte d’alter ego de London (lui-même incarcéré en 1894), va réussir l’exploit de s’évader ! Il le fait magistralement en revivant par la pensée ce que furent ses vies antérieures : naufragé sur une île déserte, légionnaire en Palestine, viking à bord d’un vaisseau guerrier, gamin assistant au massacre d’une caravane de pionniers ou même époux d’une princesse coréenne… Des situations radicales où le héros témoigne de la folie des hommes et où London, une nouvelle fois, dans une fable toute de bruit et de fureur, véritable cathédrale dédiée à l’Imaginaire et à la Justice, donne la mesure d’un talent hors-norme.

Première phrase : Bien souvent, au cours de mon existence, j'ai éprouvé une impression bizarre, comme si mon être se dédoublait : d'autres êtres vivaient ou avaient vécu en lui, en d'autres temps ou en d'autres lieux.


Ce que j'en pense

A force d’entendre du bien à propos de Jack London, l’envie de découvrir son œuvre a pointé le bout de son nez. Ma première expérience aura donc été celle du Vagabond des étoiles dont le résumé me tentait tout particulièrement et, point de suspense, elle fut très concluante !

Fascination est le maître mot de ma lecture, à différentes échelles. Tout d’abord dans l’acte même de lire, vous savez cette impossibilité de lâcher votre livre ? Cet effet magnético-magique qui vous fait oublier à peu près tout le reste et vous permet une immersion totale et délicieuse dans votre lecture ? Eh bien, c’est cela. Il est assez rare qu’un texte parvienne à ce point à m’envelopper et quand c’est le cas, je sais pourquoi j’aime lire.

J’ai également été fascinée par les passages où notre personnage évoquait les mécanismes lui permettant de détacher son esprit des souffrances de son corps. Il y avait quelque chose de jouissif dans cette évasion mentale, dans cette supériorité de l’esprit et finalement, dans la liberté de notre condamné. J’étais tellement subjuguée par les rouages de cette échappée que j’en étais, parfois, presque triste de quitter la prison pour découvrir les récits de ses voyages antérieurs.

Mais ces derniers permettaient de couper avec l’environnement carcéral, froid et immobile. On se retrouvait plongé au cœur d’aventures aux personnages divers, prince ou naufragé, qui m’ont rappelé des récits d’aventure que j’ai pu découvrir plus jeune, dans la forme tout du moins.

Ma lecture aura donc été très très chouette, et je ne doute pas retrouver la plume captivante de Jack London sous peu !

dimanche 22 janvier 2017

Björn


BJÖRN
Six histoires d'ours
Delphine Perret
Edition Les fourmis rouges
Coup de cœur !


Résumé

Voici Björn.
Björn est de taille moyenne et de bonne densité. C'est un ours heureux, avec le poil collé par endroits, car il ne sait pas manger du miel proprement.
Björn vit dans la forêt avec la belette, le blaireau, l'écureuil, le renard, le hibou, le lièvre et la mésange. Il lui arrive toutes sortes de choses.
Parfois aussi il ne lui arrive rien du tout.


Ce que j'en pense


Aujourd’hui, je vous propose de rencontrer Björn. Approchez, approchez et n’ayez crainte, Björn est l’ours le plus adorable de l’univers et il nous embarque, dans ce petit livre, dans six de ses folles aventures de la vie quotidienne.

Cet album contient, à peu près, tous les ingrédients pour me plaire, particulièrement me plaire. Pour commencer, une bonne dose de simplicité. Au niveau des intrigues mais également des illustrations dont les traits sont assez bruts, presque « sur le vif ». Elles n’ont rien de bien transcendant, font parfois un peu brouillonnes mais la couleur verte des pages leur apporte de la vitalité.

Deuxième point qui marche (presque) à tous les coups avec moi, le fait qu’il ne se passe (presque) rien. Je trouve qu’il y a toujours un charme fou dans le fait de raconter la vie de tous les jours, de prendre le temps, à la fois d’écrire et de lire, ces moments où, assis au pied d’un arbre ou au fond d’un canapé moelleux, on prend le temps de rêver. Enfin entourez votre personnage principal de petits animaux mignons et le tour est joué !  

C’est donc un tout petit album absolument savoureux et qui saura, en plus, vous mettre du baume au cœur. Il met en lumière ces petits bonheurs de la vie que j’aime tant. Je vous laisse sur quelqu’unes de ses illustrations pour que vous puissiez vous faire une idée.


On voit pas franchement la couleur des pages mais imaginez le vert des feuilles de brouillon qu'on vous donne pour les exams, c'est exactement ça !

lundi 9 janvier 2017

Chanson douce


CHANSON DOUCE
Leïla Slimani
Edition Gallimard


Résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Première phrase : Le bébé est mort.


Ce que j'en pense

Prix Goncourt 2016, omniprésent sur la blogosphère et presque unanimement qualifié de lecture dérangeante ; c’est ce dernier point qui m’a particulièrement intrigué. Oui, le qualificatif de dérangeant (ou même de malsain) me donne systématiquement envie de lire le livre en question. Et non, je ne m’en inquiète pas spécialement.

Je suis sortie de ma lecture assez perplexe, elle m’a laissé un sentiment d’indifférence pourtant peu en accord avec l’aspect dramatique du roman. Passés le premier chapitre, où le drame nous est révélé, et les quelques suivants, j’ai perdu cette addiction malsaine et voyeuriste qui faisait que je voulais savoir. Savoir comment un couple lambda en était arrivé là.

Malgré cette indifférence générale, lorsque je repense au récit de manière un peu plus pragmatique, je me rends bien compte de son excellence. J’ai énormément aimé le traitement psychologique des personnages. L’auteure décrit de manière honnête et sincère ce dont on ne parle pas, ces pensées honteuses qui nous traversent et qu’on s’empresse d’enfouir et d’oublier. Son analyse de la capacité de l’humain à culpabiliser m’a particulièrement intéressée.

D’autres thèmes sont abordés, et avec finesse. Famille, travail et conciliation ou non des deux, reproches, remarques et condescendance que la femme devra subir, quoi qu’elle choisisse. Malheureusement tous ces points positifs ne me permettent pas de dépasser ce manque de saveur ressenti, une lecture en demi-teinte donc.

mercredi 4 janvier 2017

Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !


LES PUTES VOILÉES N'IRONT JAMAIS AU PARADIS !
Chahdortt Djavann
Edition Grasset

Résumé

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran. Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire. À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartufferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes. Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

Première phrase : Surnommée la ville aux mille visages, située au nord-est de l'Iran, non loin de l'Afghanistan, sur la route de Gengis Khan, ville des martyrs, des poètes, des passionnés d'astronomie, ville sacrée, haut lieu de pèlerinage qui abrite le magnifique mausolée de l'imam Reza, dont l'immense coupole dorée, les grands jours de chaleur, reflète le soleil et éblouit le commun des croyants comme s'ils s'étaient égarés au beau milieu des feux de l'enfer, ville sainte où affluent des millions de fervents musulmans, ville de drogue, de trafiquants, ville généreuse, accueillante, ouverte jusqu'aux cuisses et à l'entrejambe de ses femmes, de ses putes : Mashad est la ville où s'est déroulée cette histoire incroyable.

Ce que j'en pense

Dans ce roman, pas si romancé, la voix des femmes iraniennes s’élève. Si la prostitution est le thème principal de ce livre, ces femmes nous parlent avant tout d’elles-mêmes, de leur vie en tant que femme dans ce pays où la femme n’est rien.  

C’est un texte, sans grand étonnement, difficile. Difficile parce qu’il est impossible d’accepter, impossible de comprendre, l’injustice dont les femmes sont les victimes. Indignation, révolte et je peux continuer longtemps dans ce champ lexical, nous montent à la gorge. C’est un texte dont la lecture est également rendue difficile par le vocabulaire, cru, et par la mise à nue, tout aussi crue, de l’intimité de ses femmes.

J’ai beaucoup aimé la liberté donnée à ces prostituées, assassinées, celle de pouvoir, enfin, s’exprimer. Celle de pouvoir s’exprimer comme bon leur semble ; le pouvoir des mots saute aux yeux, il y a une telle rébellion dans leur langage ! Cependant, malgré la certaine jouissance que l’on peut en ressentir, j’ai trouvé ce style de narration un peu lassant. J’ai eu l’impression de la vulgarité pour la vulgarité, j’aurais aimé un peu plus de subtilité peut-être…

La force de ce livre est celle d’offrir la parole aux femmes, c’est par leur témoignage que s’élèvent les injustices qu’elles subissent. Je suis ressortie de ma lecture un peu déboussolée, il m’a fallu quelques jours pour y réfléchir posément. Et je ne doute pas que ça soit sa vocation, celle d’amener son lecteur à réagir et à maturer le texte.