jeudi 18 août 2016

Une histoire de sable

UNE HISTOIRE DE SABLE
Benjamin Desmares
Edition Rouergue


Résumé

Passer les vacances d'hiver avec ses parents dans un bled sinistre du bord de mer, c'est un peu la déprime. Mais dans les rues où Jeanne se perd chaque jour un peu plus, elle croise deux garçons.
Prénoms ringards, fringues atroces, coupes au bol, Bruno et Alain semblent tout droit sortis des années 80. Plantés devant une vieille baraque, ils n'ont définitivement pas le look habituel. Et plus Jeanne apprend à les connaître, plus elle se perd dans leurs mystères...
Une histoire d'amour aux frontières du réel.


Ce que j'en pense

Le résumé de ce livre annonçait une petite histoire assez simple, un joli moment pas trop prise de tête, même si je fais confiance aux éditions Rouergue pour proposer des romans qui ne se limitent pas à ça. J’étais curieuse, du coup, de ce qui se cachait derrière cette histoire de sable.

Je ressors déçue de ma lecture, pour plusieurs raisons. La première, et la principale, est le personnage de Jeanne, notre "héroïne". Je l’ai trouvée détestable et j’en suis arrivée à lui souhaiter tout le malheur du monde. En pleine crise d’adolescence, elle agissait envers sa famille de manière ignoble, bien au-delà des frontières du tolérable. J’étais d’autant plus agacée que ses parents, eux, prenaient bien souvent cela à la légère. Non, non et non.

J’ai également été gênée par la trop grande confusion dans l’intrigue. L’auteur frôle les limites du réel, sème le doute et je me suis perdue. Tout en voyant à peu près où il voulait en venir, j’ai trouvé le cheminement étrange, déstabilisant mais pas d’une façon que vous trouvez géniale après coup. Il y avait du potentiel pourtant, le récit cherche à dénoncer un phénomène actuel d’une façon qui, en théorie, est plutôt chouette. En pratique cependant ça coince ; peut-être qu’il manque quelques pages pour vraiment enraciner l’intrigue ?

Vous l’aurez compris, je suis complètement passée à côté de ma lecture. Lecture que j’oublierai probablement bien vite…

mercredi 17 août 2016

Le garçon qui courait plus vite que ses rêves


LE GARÇON QUI COURAIT PLUS VITE QUE SES RÊVES
Elizabeth Laird
Edition Flammarion


Résumé

Solomon rêve de devenir champion olympique de course. Lorsque son grand-père lui demande de l'accompagner à Addis Abeba, il n'ose y croire ! Mais au coeur de la ville, le vieil homme est soudain victime d'un malaise et s'effondre. Seul Solomon peut courir chercher de l'aide au village, à vingt kilomètres de là, battant tous les records...

Première phrase : Dans mes rêves, je cours, encore et toujours.


Ce que j'en pense

J’ai eu envie de lire ce livre pour ses deux thématiques principales : la poursuite de ses rêves et le sport, par la course à pied plus précisément. Les deux m’intéressant beaucoup, j’étais curieuse de voir comment l’auteur allait les traiter dans ce roman destiné aux plus jeunes.

C’est une jolie petite histoire qui fait voyager son lecteur jusqu’en Ethiopie. On y rencontre Solomon, notre personnage principal, humble et courageux, il m’a plu. Au fur et à mesure de notre lecture, on découvre qu’il rêve d’être l’un de ces célèbres marathoniens éthiopiens mais qu’il n’ose pas l’avouer à sa famille. Un voyage va bouleverser sa vie.

C’est un roman très jeunesse qui offre une belle morale à ses lecteurs. S’accrocher à ses souhaits et se donner les moyens de les réaliser en y travaillant dur. Ça peut paraître comme une évidence pour certains mais c’est quelque chose que l’on dit bien trop peu à mon sens (j’ai plus souvent entendu l’inverse durant mes années collège d’ailleurs, « c’est pas réaliste, bla, bla. »). Bref, ça fait du bien de le voir écrit noir sur blanc.

Au-delà de ça, c’est parfois un peu trop plein de bons sentiments mais vu le public visé, on peut lui pardonner. Et puis, il est facile d’en faire abstraction et de s’immerger dans notre lecture et de partager sa grande aventure avec Solomon.

Vous l’aurez compris, c’est un livre parfait pour de jeunes lecteurs, qui transmet de jolies valeurs. Plus âgés, vous passerez aussi un chouette moment mais la moelle du texte fera peut-être moins écho.

dimanche 24 juillet 2016

Americanah


AMERICANAH
Chimamanda Ngozi Adichie
Edition Folio
Coup de coeur !


Résumé

« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »
Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés?

Première phrase : Princeton, en été, n'avait pas d'odeur, et si Ifemelu appréciait le calme verdoyant de ses nombreux arbres, ses rues propres et ses majestueuses maisons, ses magasins aux prix subtilement exagérés et son air tranquille, immuable de grâce méritée, c'était cette absence d'odeur qui la séduisait le plus, peut-être parce que les autres villes américaines qu'elle connaissait dégageaient toutes des effluves caractéristiques.


Ce que j'en pense

Americanah est un livre qui me tentait depuis longtemps mais je n’avais pas le courage de m’y plonger, allez savoir pourquoi. C’est finalement grâce à Cassandra et à son club de lecture que j’ai sauté le pas, et j’en suis absolument ravie.

C’est un texte intelligent, qui porte un message et le délivre avec subtilité. Découvrir le racisme et la discrimination présents aux Etats-Unis du point du vue d’une noire non-américaine est particulièrement intéressant ; les clichés sont dépassés, pas de fausse retenue, le récit est honnête. Ce livre porte à la réflexion, il observe, analyse et propose des explications mais laisse le lecteur faire son propre cheminement de pensée, valider ou non les propos de l’auteur.

Malgré cette vocation à disséquer un sujet actuel, la lecture n’est pas celle d’un essai ennuyant. C’est vraiment à travers l’histoire de ses personnages que l’auteur aborde ce qui lui tient à cœur. Le récit se découpe entre des passages, majoritaires, centrés sur Ifemelu et d’autres axés sur Obinze, si ces derniers ne m’ont pas intéressée outre mesure, j’ai été captivée par l’existence d’Ifem. C’est un personnage que j’ai adoré dans sa complexité. On a face à un être humain aux multiples couleurs, loin d’être un archétype manichéen.

En refermant le livre, j’ai eu un pincement au cœur, je ne voulais pas quitter ma lecture. J’avais encore envie qu’Ifemelu m’ouvre l’esprit avec son histoire. C’est un roman aux nombreuses qualités que je vous conseille absolument.

vendredi 22 juillet 2016

Je m'appelle Radar


JE M'APPELLE RADAR
Reif Larsen
Edition Nil


Résumé

L'histoire est un cercle, et la vie un spectacle de marionnettes... Au commencement, Radar. Il naît dans le New Jersey en 1975 alors qu'une panne d'électricité plonge l'hôpital dans le noir. Le petit garçon vient au monde avec une peau d'un "noir d'aubergine" tandis que ses parents, Charlene et Kermin, sont blancs et que Charlene est une femme fidèle. Déboussolée, elle le soumet à une batterie de tests. Après des années de vaine quête auprès de différents médecins, Charlene et Kermin tentent un ultime essai : ils acceptent la bizarre invitation de Kirkenesferda, un groupe d'artistes-scientifiques du Grand Nord norvégien...


Première phrase : Il était un peu plus de minuit dans la salle de naissance 4C et l'obstétricien qui présidait à l'accouchement, le moustachu docteur Sherman, transpirant légèrement dans son slip en coton, se préparait, les mains tendues comme un mendiant, à la sortie imminente du crâne.



Ce que j'en pense

Bien souvent mis en avant dans les rayons, décoré de l’étiquette « coup de cœur du libraire », ce roman m’a très vite intriguée. Son résumé, chargé de mille promesses, laissant présager une aventure aussi éclectique que passionnante, a fini par me convaincre de tenter l’expérience.

Mon avis est aussi varié que le contenu du livre. J’ai été subjuguée, ennuyée, passionnée, sceptique. Deux choses sont cependant certaines, le travail que l’auteur a mis dans son roman et l’intelligence avec laquelle le récit a été construit. Si je n’ai pas vraiment saisi la destination de ce voyage littéraire, j’en ai savouré le chemin. C’est un livre qui nourrit intellectuellement et culturellement, doté d’une extraordinaire richesse.

L’esprit scientifique présent à la fois dans le texte et dans la construction du récit m’a beaucoup plu. J’ai trouvé qu’il se ressentait extrêmement bien et j’ai adoré l’impression de réalité qu’il donnait à l’intrigue. La présence des figures, à la façon des articles scientifiques justement, ajoute une jolie touche d’originalité au livre.

Malheureusement je me suis parfois fourvoyée dans tant de diversité, dans tant de contenu. Les changements entre les différentes parties du livre m’ont été particulièrement difficiles à appréhender, tout en imaginant bien qu’elles finiraient par avoir un lien entre elles. Par exemple, naviguer pendant plus de 200 pages dans les eaux troubles de l’histoire de la Serbie sans savoir dans quel but m’a paru très, trop, beaucoup trop long.

Ma lecture aura donc connu des hauts et des bas mais elle m’aura surtout fait vivre une expérience de lecture unique. « Je m’appelle Radar » est clairement un livre à découvrir, à expérimenter…



mercredi 20 juillet 2016

Céleste ma planète


CÉLESTE MA PLANÈTE
Timothée de Fombelle
Edition Folio
Très belle lecture !


Résumé


Elle est apparue un matin dans l'ascenseur. On a monté cent quinze étages en silence. Puis elle est entrée dans l'école, comme moi. Pendant la récréation, elle est restée dans la classe. Moi, penché au parapet de la terrasse de verre, je me répétais : "Ne tombe pas, ne tombe pas, ne tombe pas." J'avais peur de tomber amoureux. A l'heure du déjeuner, elle est partie et n'a jamais remis les pieds au collège. Il fallait que je la retrouve.

Première phrase : La première fois qu'elle m'a embrassé, nous étions suspendus par des câbles à cent vingt mètres du sol, avec quinze hommes armés à nos trousses. 



Ce que j'en pense


J’ai pour ambition de lire tous les écrits de Timothée de Fombelle, charmée par l’intelligence de ses récits que j’ai déjà pu découvrir. Quand j’ai croisé ce tout petit livre sur un rayon de la médiathèque, je ne me suis pas posée 36 questions et je l’ai pris.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé cette plume que j’aime tant, douce et poétique. L’auteur, à travers son personnage, nous parle du sentiment amoureux. A coup de grille-pain et de tartines, si jolies métaphores. L’amour, c’est ce qui va guider notre jeune héros, c’est ce qui va lui faire déplacer des montagnes.

L’amour, c’est également ce qui va lui faire vivre sa grande aventure. Rempli de courage et d'ingéniosité, il va tout faire pour sauver Céleste. Le talent de l’auteur est de nous faire pleinement vibrer avec son personnage, il nous fait vivre ses mots et sans avertissements, on se retrouve suspendu à plusieurs centaines de mètres du sol !

L’ensemble du texte est un conte, une fable écologique. Ce thème s’y présente d’une façon originale et, surtout, infiniment poétique (encore une fois). Je vous parlais d’intelligence au début de cette chronique, je le répète, car c’est vraiment ce dont il s’agit ici ; l’auteur fait entièrement confiance à son jeune public pour appréhender toute la moelle du récit. Pas de lourdeur dans la démonstration, loin de là, la subtilité est de mise.

Bien évidemment, je vous conseille ce petit bout de livre. A tout âge, même si je pense qu’il peut être particulièrement intéressant de le faire lire aux plus jeunes.

lundi 18 juillet 2016

Bird Box


BIRD BOX
Josh Malerman
Edition Le livre de poche


Résumé


Malorie élève ses enfants de la seule façon possible : barricadés chez eux. Dehors, il y a un danger terrible, sans nom. S’ils s’aventurent à l’extérieur, ce sera les yeux bandés pour rester en vie. S’ils ôtent leurs bandeaux, ils se donneront la mort avec une violence inouïe. Malorie a deux solutions : rester cachée avec ses enfants, isolée, ou bien entamer un terrifiant périple jusqu’au fleuve dans une tentative désespérée, presque vaine, pour rejoindre une hypothétique colonie de survivants. La maison est calme. Les portes sont verrouillées, les rideaux sont tirés, les matelas cloués aux fenêtres. Les enfants dorment dans la chambre de l’autre côté du couloir. Mais bientôt, elle devra les réveiller et leur bander les yeux. Aujourd’hui, ils doivent quitter la maison et jouer le tout pour le tout.



Ce que j'en pense


Je m’éloigne de mes lectures habituelles pour plonger ici dans le thriller. Particulièrement intriguée par son résumé et ces choses qu’on ne peut voir sans sombrer dans la folie, ce roman a atterri dans ma PAL dès sa sortie en formant poche.

Dès les premières pages, on est happé par notre lecture. L’auteur sait mettre son lecteur en haleine, finir chaque chapitre par ce petit élément qui fait qu’on est obligé de continuer à lire. L’alternance entre le passé et le présent contribue fortement à ce côté addictif. Des questions s’élèvent continuellement, quelques réponses sont grappillées par-ci par-là même si l’ensemble demeure assez flou : quel est donc ce fléau qui frappe la Terre ?

Devant un tel mystère, j’attendais un final en apothéose. Au fil de ma lecture, j’ai commencé à m’impatienter, à vouloir quelques indices au moins, mais un flou total demeure. Mon final n’est jamais arrivé. J’ai refermé ce livre en me demandant où étaient passées les dernières pages et je reste sur un sentiment d’inachevé assez puissant.

Le deuxième point qui me gêne avec cette lecture est de n’avoir à aucun moment frissonné avec les personnages. Pourtant tous les ingrédients nécessaires semblaient présents mais rien à faire, impossible de m’impliquer. L’esprit rationnel qui cherche absolument à comprendre a largement pris le dessus sur un sentiment aussi impulsif qu’une peur viscérale.

Je suis donc bien mitigée sur ce roman ; le plaisir addictif de sa lecture s’est petit à petit étiolé devant les points négatifs qui m’apparaissaient au fur et à mesure.

vendredi 15 juillet 2016

Quand la nuit devient jour


QUAND LA NUIT DEVIENT JOUR
Sophie Jomain
Edition Pygmalion
Coup de coeur !


Résumé

"On m'a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m'enfonce une épine dans le pied, décrire l'échauffement d'une brûlure, parler des noeuds dans mon estomac quand j'ai trop mangé, de l'élancement lancinant d'une carie, mais je suis incapable d'expliquer ce qui me ronge de l'intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n'est en mesure de m'aider. Dieu, la science, la médecine, même l'amour des miens a échoué. Ils m'ont perdue. Sans doute depuis le début.
J'ai vingt-neuf ans, je m'appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.
Par euthanasie volontaire assistée."

Première phrase : J'ai toujours été rebutée par l'idée de me contempler dans un miroir.


Ce que j'en pense

Le besoin de lire ce livre est venu à l’instant où j’en ai découvert la thématique : l’euthanasie volontaire assistée. Ce n’est pas un sujet sur lequel je m’étais déjà spécialement penchée mais j’étais curieuse de voir la façon dont il serait traité. Mes attentes quant à ce roman étaient hautes, lorsqu’est évoqué un thème de cette importance, il se doit de l’être justement, sans virulences.

C’est une claque magistrale que je me suis prise. La formulation manque certainement d’élégance mais elle correspond très bien à mon ressenti. On rencontre Camille, elle nous livre son histoire, sans détours, tente de nous expliquer comment elle en est arrivée là. Est-ce qu’on la comprend ? Pas vraiment. Je ne pense pas qu’on le puisse tant que l’on n’a pas vécu sa situation. Qu’importe. Sa vie, on la ressent tout de même.

L’intensité du récit est impressionnante. Dans le négatif on s’en doute, mais également dans le positif, les brefs instants de bonheur présents vous éclatent en plein visage. Néanmoins de nombreux moments sont douloureux, émotionnellement difficiles ; ce n’est pas pour autant un livre triste ou déprimant, parce qu’il a y ce choix, ce choix réfléchi et argumenté. Sommes-nous égoïstes de pouvoir nous résoudre à l’accepter, comme ses parents ? Ou est-ce ce choix qui est égoïste ?

A aucun moment l’auteur nous impose un avis ou n’émet un jugement. La neutralité du texte en est sa puissance. En exposant le point de vue méconnu de celui qui souhaite mourir, l’auteur nous ouvre les yeux, nous donne la substance nécessaire à la réflexion que cette lecture entraîne inévitablement.

Ce livre mais ce livre… Il m’a broyé le cœur et m’a, paradoxalement, apporté une certaine sérénité. C’est un coup de poing, un cri, un cri du cœur, un coup de cœur.